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De
ce dernier nous ne savons presque rien, si ce n’est le nom de quelques
condamnés. De Montaillou, pour ce premier quart du XIVème siècle,
nous savons, sinon tout, du moins l’essentiel de la démographie,
des conditions de vie, des mœurs et des croyances.
Ces
renseignements sont les plus complets et les plus cohérents, mais
on pourrait de même reconstituer, pour la même période, la vie dans
les localités de la haute Ariège, à Ax, Tarascon et dans maint
village. Le même document nous fournit d’autre part des témoignages
directs et émouvants de Juifs, de lépreux, de Vaudois et autres
victimes de l’intolérance.
Ce
document, conservé à la Bibliothèque Vaticane (Lat. 4030) se présente
comme un registre d’interrogatoires d’inquisition, mais il est unique
à bien des égards. Le juge est l’évêque de Pamiers, Jacques Fournier,
un cistercien originaire de Saverdun, qui deviendra cardinal comme
son oncle, puis pape en 1334 (Benoît XII). Le notaire est Guillaume
Peyre-Barthe, originaire de Mirepoix. De leur collaboration sont
nés ces récits qui sont autant de confessions, et dans lesquels
ont été retenus tous les détails qui pour nous n’ont pas de prix.
Leur
collaboration est née à l’occasion du premier grand procès confié
à Jacques Fournier par le pape Jean XXII en 1319, celui du Franciscain
Bernard Délicieux. Ce dernier, plus de vingt ans auparavant, était
entré en guerre contre l’Inquisition de Carcassonne et l’évêque
d’Albi, qui inquiétaient les notables par des procédures iniques,
la prison et la torture, pour en obtenir des dénonciations mensongères
et de l’argent. Le Franciscain était parvenu à convaincre Philippe
le Bel, et, avec l’appui de quelques cardinaux, dont l’oncle de
Jacques Fournier, Arnaud Noubel, un ancien professeur de Droit,
le pape Clément V. Celui-ci, en 1312, avait décidé que désormais
les sentences de l’Inquisition seraient prononcées aussi par l’évêque
du lieu, Jacques Fournier n’hésita pas à inverser cette procédure :
ce serait lui qui « enquêterait », et l’inquisiteur qui
s’unirait à lui pour la sentence.
Jacques
Fournier, qui d’ailleurs n’était pas seul juge, ne put qu’épargner
à Bernard Délicieux le bûcher ou la pendaison. Mais il chargea le
notaire de noter in extenso ce que le Franciscain avait dit
pour sa décharge, c’est-à-dire un implacable réquisitoire conte
l’Inquisition dominicaine.
Le
hasard (?) amena Jacques Fournier en 1312 à interroger une dame
résidant à Dalou, entre Foix et Pamiers, mais dont le premier mari
avait été châtelain de Montaillou. Béatrice de Planissolles, qui
a eu naguère les honneurs d’un opéra et d’un roman, ne laissa rien
ignorer des relations qu’elle avait eues avec le recteur de Montaillou,
Pierre Clergue, le frère du bayle comtal, et, ce qui était plus
grave, de sa tolérance, voire même de sa faveur, pour le catharisme.
Or, après la tragique rafle de 1309, il avait été le plus ferme
collaborateur de l’Inquisition de Carcassonne.
Jacques
Fournier voulut entendre tous les rescapés. Il apprit ainsi l’existence
en Catalogne et au royaume de Valence de fugitifs de Montaillou,
Tarascon et Junac et parvint, grâce à un mouchard, à les faire arrêter.
Il y avait parmi eux deux fils d’un tisserand cathare de Montaillou,
Perre et Jean Maury, des bergers de transhumance, dont le récit
est d’un intérêt exceptionnel. Puis il consacra ses dernières années
sur le siège de Pamiers à dénouer une affaire de faux témoignage
devant l’Inquisition contre un notaire de Tarascon.
Par
fierté de son œuvre, ou par précaution, quand il fut transféré à
l’évêché de Mirepoix en 1326, il chargea des « libraires »
toulousains de transcrire en « belle lettre » les écritures
de son fidèle notaire et de son successeur. Ils en firent deux volumes,
qu’il emmena à Avignon, mais dont un seul est parvenu jusqu’à nous.
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