| |
Depuis
sa découverte par Dollinger, ensuite par Monseigneur Vidal et enfin
par notre cher Jean Duvernoy, cohorte prestigieuse à laquelle je
me suis modestement agrégé sur le tard, Montaillou a pris de nouvelles
dimensions ; me semble-t-il ; double symbole des pays
d’oc et de la Catalogne ; dernier vestige d’une relative libre
pensée en attendant la Renaissance et la Réforme qui relèveront
le flambeau ; concrétisation, enfin, comme Astérix, du dernier
village, luttant contre un conformisme à certains égards sympathique
(on finit par aimer Benoit XII, Jacques Fournier à l’époque de 1320,
celle qui nous concerne) mais conformisme écrasant quand même et
qui voudrait agir à la façon d’un antiseptique, effaçant tout sur
son passage, car il est insupportable que puisse subsister quelque
part une trace de doute à l’endroit des vérités communément admises.
Depuis
les crêtes suprêmes du ciel étoilé des dogmes, depuis les « hauts
de Hurlevent » d’un gouvernement des concepts, à l’aplomb d’une
espèce de Canigou idéologique, les torpilles de la pensée unique
tombent comme la mitraille à Gravelote, sur une minuscule population
« montalionaise » de paysans et de bergers quelques peu
effarés ou farfelus, qui n’en demandaient pas tant ; et surtout
ne nous inspirons pas de leur exemple ; seul le silence est
sûr, tout le reste est courage.
Emmanuel
LE ROY LADURIE
|